9 mars 2011

L’ennui au Horror Picture Tea

Dès l’instant où j’en ai entendu parler sur Twitter en décembre dernier, le Horror Picture Tea a aiguisé ma curiosité : un bistrot qui se transforme en pâtisserie/salon de thé, avec un thème rock n’roll et un salon de tatouage en sous-sol, c’est osé, innovateur, ça bouscule les clichés salons de thé-mémé, et ça risquait de bien me plaire.

Fin décembre, accompagnée par une copine-collègue pâtissière, je me mets en route pour le 91 rue Saint Honoré malgré le froid et la neige, toute émoustillée par la perspective de découvrir ce lieu. Après 30 minutes passées à tourner dans le quartier sans trouver le lieu sus-nommé, on déclare forfait et on va se consoler en compagnie d’un cheesecake chez Delyan

Je découvre alors que les infos glanées sur Twitter n’étaient que des coups de pub annonçant l’ouverture prévue en janvier… Je reste patiente, et en attendant de pouvoir repartir en expédition, je me renseigne un peu plus; la page Facebook et les premiers posts sur différents blogs ne me déçoivent pas : le Horror Picture Tea ça a l’air bien chouette, avec ses murs retapissés de petites têtes de morts, ses bonnes et très jolies pâtisseries, sa musique rock, ses tatouages, ses nocturnes, et la faune de passage. Tout le monde n’en dit que du bien, et le Figaroscope et Télérama, pour ne citer qu’eux, s’y mettent aussi. Autant dire que le suspense est à son comble et que j’ai très hâte de pouvoir enfin y aller !

Un soir de la fin février, donc, je me remets en route avec la copine-collègue. Encore une fois on cherche un peu avant de tomber dessus – c’est un peu caché derrière l’enseigne du Bistrot du 1er. Il est environ 21h quand on entre. On s’étonne vaguement de ne voir que des hamburger-frites dans les assiettes. On s’installe, et on demande la carte des pâtisseries.
Et là, surprise : ‘Ah ben non, hein, à cette heure-ci, ben on a plus de pâtisseries. Il nous reste un peu de tarte chocolat et des verrines framboise, mais c’est tout’. 

Déception suprême ! Désillusion incommensurable !! Frustration phénoménale !!! Tout ça pour ça !

Comme on est des filles sympas, et aussi qu’on avait un peu faim quand même, on reste et on commande pour l’une le hamburger (avec de très bonnes pommes de terre rissolées) et une salade du Sud-Ouest (bof bof). On bavarde, on écoute la musique, qui est tout à fait agréable pour les amateurs de rock rétro et indé comme moi. On se prend même à chantonner sur un Beatles ou un Blondie. Et puis comme on était quand même là pour les pâtisseries, on a commandé un dessert.

Et encore une fois, quelle déception quand on a vu arriver un triste moelleux au chocolat, pas mauvais, mais qui de toute évidence venait des cuisines (du congélateur ?) du bistro et non de celle des pâtissiers. 

Déception suprême ! Désillusion incommensurable !! Frustration phénoménale !!! Tout ça pour ça !

En partant, je vais quand même faire un tour au sous-sol pour jeter un œil au salon de tatouage : c’est à côté des toilettes et offert aux yeux de tous, donc à moins de ne se faire tatouer que la main ou d’être un chouïa exhibo, on n’a pas vraiment envie d’y aller pour se donner en spectacle.

 Alors, résumons.

Le Horror Picture Tea, sur le papier, c’est génial. Enfin un concept nouveau qui semble bousculer un peu le calme feutré des pâtisseries/salons de thé habituels. Mais une fois passé le seuil, on se rend vite compte que si leur communication est rôdée, que l’agence évènementielle fait un travail remarquable, que le visuel est excellent, … il n’y a pas grand-chose d’intéressant derrière. Je n’irais pas jusqu’à parler de publicité mensongère, mais l’image ne colle pas vraiment à la réalité, et ce soir-là, si il n’y avait pas eu musique un peu sympa, on aurait passé la soirée dans un banal bistrot du quartier des Halles.
Donc, le Horror Picture Tea, j’en ai rêvé, j’ai testé, et je n’irai plus. Je retournerai plutôt dans les boui-bouis qui ne bénéficient d’aucune médiatisation mais qui ne proposent que ce qu’ils peuvent offrir.

Alors, si vous voulez quand même y faire un saut et juger par vous-même, tenez-moi au courant de vos impressions. On ne sait jamais, il m’arrive même de changer d’avis !

Horror Picture Tea, 91 rue Saint Honoré, Métro Châtelet

Guillemette.
Illustration : marion.lyonreufflet@gmail.com

3 mars 2011

Apericena : Turin dans mon assiette au Miroglio caffè

Le Miroglio caffè, c’est une petite enclave italienne qui se terre au cœur du gris gris quartier des Halles : coincé entre un kebab, un stand de vêtements indiens et une boutique de souvenirs so kitsch, il faut être attentif pour le voir. Mais une fois le seuil franchi, un vague sentiment de dépaysement se fait sentir, ça ne ressemble plus à ce qu’on connait à Paris : plus aucun doute, on est bien dans un bar à l’italienne.

Et quand je dis à l’italienne, c’est un abus de langage : non, en fait il s’agit ici d’un bar comme à Turin, ville capitale du Piémont, si particulière que certains vont jusqu’à dire qu’on n’y est plus en Italie mais dans un pays à part entière.

Je perds toute objectivité quand je parle de Turin, vous pouvez donc tout à fait mettre ma parole en doute quand je vous dis que c’est une ville magnifique, discrète et gourmande. En revanche, il est notoire que Turin est la ville des cafés et des bars : les établissements historiques, raffinés et confortables, pullulent. De Baratti & Milano au Caffè Fiorio, pour n’en citer que deux, on peut se prélasser à toute heure du jour, en commençant par un cappucino ou un ‘bicerin’ (boisson chaude typique de Turin, surperposant café, chocolat et crème), suivi d’un sandwich ‘tramezzino’ ou d’une bonne glace, pour attaquer ensuite l’apericena une fois le soir venu.



L’apericena, c’est une véritable institution turinoise qui a maintenant envahi le reste de la botte. Il s’agit de faire d’une pierre deux coups pour l’apéritif (aperitivo) et le dîner (cena) : en Italie, pour le prix d’un verre d’apéritif, de vin, ou un cocktail, vous aurez accès à un buffet A VOLONTE – oui oui, vous avez bien lu – garni, selon le bar, d’une quantité  de plats de légumes marinés, quiches, pâtes, charcuteries, fromages, et autres antipasti divers et variés. Autrement dit, pour moins de 10euros, on boit et on dîne copieusement. C’est accessible à tous, c’est convivial, interactif et informel, chacun se débrouille avec son assiette et son estomac, on se sert, on se ressert, (on se re-re-sert) (enfin je veux dire, euh… si on veut se re-re-servir, on peut, et personne ne fait les gros yeux !), on engage la discussion avec les autres personnes autour du buffet, et tout le monde est content. L’été, à l’heure de l’Apericena, les terrasses des bars en Italie sont pleines à craquer de jeunes et moins jeunes sirotant un verre et grignotant les spécialités culinaires du buffet de tel ou tel établissement. La concurrence est rude : les clients comparent la qualité et la quantité des mets proposés d’un bar à l’autre et se passent le mot. Ces Apericena sont partout, du banal bar de quartier au bar lounge ultra ‘in’ où les jeunes hype passent avant d’aller à la discoteca. Certains bars vont même jusqu’à ne proposer que cette formule.  J’avoue qu’une fois de retour en France, il y a bien de quoi faire la tronche devant la maigre coupelle de cacahuètes cra-cra du bar parisien.

Ce qui me ramène donc au Caffé Miroglio : imaginé par la patronne turinoise Marina Miroglio comme une réplique exacte des bars turinois à Paris, vous pourrez y découvrir les boissons chaudes turinoises en journée, et le soir trainer entre amis autour d’un apericena.
Certes, le tarif est plus proche des normes parisiennes… mais ça reste très correct. Selon la boisson que vous prenez, le prix de l’apericena varie : par exemple, pour une bière, ce sera 12euros ; pour un verre de vin Prosecco, ce sera 14euros ; pour un méga cocktail avec des grosses brochettes de fruits frais, c’est 18euros. Et avec ça, zou, en route vers le buffet à volonté pour remplir votre écuelle.

Les plats sont tous faits sur place et varient au fil des jours, mais grosso modo, on peut compter tous les jours sur les légumes marinés, les pâtes, les quiches, les gratins et la charcuterie.


Le Miroglio caffè est tenu par des italiens, de la salle à la cuisine. La clientèle est variée mais compte pas mal d’italiens, ce qui est toujours bon signe. Le décor est rococo, et même si on est quand même loin du baroque turinois, les gros lustres, les petits fauteuils ronds, les grands miroirs et la vitrine à pâtisseries ‘come a Torino’ mettent à l’aise. Le service est sympathique et patient, j’ai testé – ben oui, la carte est longue et il faut du temps pour tout décortiquer !

En bref, il n’y a pas de quoi se précipiter dès ce soir au Miroglio caffè pour son Apericena, mais le bar est sympa et agréable, et l’Apericena est tout à fait correct et a le mérite d’être le premier en son genre à Paris. J’espère que ça donnera des idées à d’autres personnes !

Miroglio Caffè : 88 rue Saint Martin, 75004 Paris - Tél. 01 42 71 21 24
  

Guillemette.
Illustration : marion.lyonreufflet@gmail.com